Praeterita

 
     


Praeterita : Souvenirs de Jeunesse

Extrait du chapitre IX : Le Col de la Faucille

Que nous passions la nuit à Saint-Laurent ou à Morez, la matinée du lendemain était toujours féconde en événements. Par beau temps, la montée de Morez aux Rousses, à pied le plus souvent, était un pur enchantement ; et le déjeuner, et la moisson de gentianes frangées aux Rousses !

Suivait une heure d'angoisse : je tremblais de voir le ciel se couvrir ; car, si tôt que nous partions le matin, il était impossible d'arriver au Col de la Faucille avant deux heures, et même plus tard si les chevaux n'étaient pas excellents ; et dès deux heures, lorsqu'il y a des nuages sur le Jura, on peut être certain qu'il y en aura sur les Alpes.

Il est intéressant de faire remarque, car Saussure(*) lui-même n’en dit rien, que ce passage du Jura (le plus important) très différent en cela des principaux défilés des Alpes, se trouve au sommet le plus élevé de la chaîne. Le col séparant les eaux de la Bienne, qui descend vers Morez et Saint-claude, de celles de la Valserine qui serpente à travers le Jura jusqu’au Rhône à Bellegarde, est un contrefort de la Dôle elle-même. Au long de la chaîne, la route continue encore sur un espace de six milles et arrive, par une montée douce, au Col de la Faucille, où la chaîne s’ouvre brusquement, et après cinq minutes au trot, on aperçoit le lac de Genève et, à l’horizon, sur une longueur de plus de cent milles, la chaînes des Alpes.

Je n’ai vu parfaitement ce panorama merveilleux qu’une seule fois, en 1835, quand je le dessinai avec exactitude […].

* : Horace-Bénédict de Saussure : Naturaliste et géologue genevois du XVIIIe siècle.

John Ruskin (1819-1900) écrivain, poète, peintre et critique d'art britannique (précurseur de l'Art Nouveau).

 

 

   

 

 

Mots Clefs : John Ruskin Morez, saussure Geneve.

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